Le pardon existe t-il?
Elle n'a jamais vraiment répondu à cette question malgré le temps qu'elle a consacré à la recherche de la réponse.
Au cours de son chemin vers cette mort qui semblait l'attendre les bras ouverts, elle a su rester qui elle était. Sa fragilité cachée sous un masque d'une dureté qui ne lui était pas naturelle et à laquelle elle devait se forcer. Plus le temps passait et plus les liens qui la retenaient sur cette terre semblait s'amoindrirent. A cette période, elle vivait au domaine de l'ombrière, entourée de ses bêtes qui seules semblaient compter à ses yeux. Moi, j'avais retrouvé ma cure et je n'avais avec ma nièce qu'un contact epistolaire.
Malgré ses efforts pour le cacher, je me rendais bien compte de la langueur grandissante qui l'envahissait. Je crois que c'est à ce moment là que j'ai pris la décision de ne pas respecter son voeux et de me tourner vers le passé, vers le seul être qui pouvait encore la ramener parmi les vivants.
Comment trouver les mots pour écrire à quelqu'un que je n'avais jamais vu et dont la vie était à des milliers d'années lumières de la mienne?
Comment lui annoncer la naissance de Raphaëlle et le rôle qu'il avait y joué. et surtout, comment le convaincre de passer au dessus de sa propre douleur pour venir au secours de Mathilde?
Ces nombreuses questions ajoutées à mes nombreuses occupations ont longtemps retardé ma lettre.
Puis, un jour, je crois que cela devait être pour l'anniversaire de louise bénédicte, quelque chose avait changé dans le regard de ma nièce, il y brillait une petite lueur de moins que lors de mes visites précédentes.
Je me souviens encore de son arrivée au chateau, au retour de la traite.
Elle était si pale, trempée jusqu'aux os par la pluie qui tombait à verse pendant cette sinistre soirée de Février. Ses bottes étaient pleines de neige et la fermeture éclair de sa veste avait gelée.
Eliza avait du l'aider à se déshabiller à l'office près de la grande flambée et je me souviens de l'avoir trouvée triste et plus mince qu'avant, elle qui n'était pourtant pas bien grosse.
Et puis, une fois qu'elle avait eu passé des vêtements secs et qu'elle s'était installée dans la salle à manger avec les petites pour le repas, la vision de la jeune femme fragile et brisée s'était envolée. Mais cela avait suffit à m'aider à trouver l'inspiration qu'il me manquait.
Elle n' a jamais su que j'avais écris cette lettre. Et pendant longtemps je n'ai pas eu de réponse.
Mathilde passait sa vie à courir, courir pour mieux se fuir. Mais on ne peut toujours échapper à la réalité. Elle finit toujours pour nous rattraper.
Un matin est arrivé un message de Lady Victoria, la grand tante de geoffroy, et Chef de la famille. D'après Lucien qui m'a rapporté cette scène, il était question d'un mariage avec un prétendant bien titré. Cette union obligeait ma nièce à quitter ses terres, sur lesquelles elle avait retrouvé un semblant d'équilibre et de laisser Raphaelle à la garde de Lady Victoria puisqu'une nouvelle épousée ne pouvait mettre sous les yeux de sa nouvelle famille, le fruit d'un ancien et malheureux hymenée.
Les princesses se pleurent pas devant le commun des mortels. Selon son filleul, Elle s'est raidit, à juré qu'elle préférait tuer sa fille de ses propres mains plutot que de la remettre à la garde de pareille demone. Mais le coup avait porté, elle savait que bientôt elle devrait quitter ses montagnes adorées, ses vaches à la belle robe acajou et aux cornes en forme de lyre, cette maison qu'elle aimait tant et ces enfants qu'elle aimait à la folie bien qu'elle n'en ait porté qu'une; pour s'en aller épouser un homme qui ne voyait en elle qu'une dot qui agrandirait ses possessions et un ventre capable de lui donner l'héritier qu'il lui fallait.
Je ne crois pas que Lady Cavendish soit une mauvaise femme. Elle est juste d'une autre époque et bien trop endurcie aux malheurs de la vie et aux caprices du destin pour comprendre la sensibilité de la fragile Mathilde.
La crise que je redoutais n'éclata pas tout de suite et j'avais finit par penser qu'elle n'aurait pas lieu.
On peut reprocher bien des choses à ma nièce, mais on ne peut pas lui en vouloir de trop aimer ses enfants.
Chaque été, elles allaient passer un mois en espagne chez les grands parents de Mélissindre. Cette année là, Mathilde avait envoyé son filleul chez les marins pompiers sous la houlette de Tristan de monfort.
Elle était donc restée seule au domaine pour s'occuper de la ferme et du haras.
L'homme n'est pas un solitaire de nature, certains aiment plus que d'autres rester seuls mais ça ne dure pas toujours.
Henri était venu me retrouver à coutances, dans mon évéché, pour animer un séminaire et nous n'étions absents lorsque les événements se produisirent.
Une autre lettre de Lady Victoria arriva à l'ombrière, porteuse de la future date des fiançailles. Cela a été plus que ne pouvait le supporter ma nièce. Elle n'a rien répondu, le soir, elle est allée, comme de coutume, soigner ses animaux et puis, elle n'est pas rentrée.
Elle était allée aussi loin que ses forces le lui avaient permises. Elle ne voulait pas voir se lever un jour de plus. Comme Mélodie en son temps. Elle avait supporté tant de choses, elle était passée au travers de tant d'épreuves qu'à présent elle n'avait même plus la volonté de continuer d'avancer.
Elle voulait mourir. Comme Mélodie.
Les graines avaient été semées au vent, il restait à voir ce qui avait germé.
Nul n'aurait pu prévoir, et même moi en écrivant cette lettre, je ne me doutais pas que les choses pourrait finir ainsi.
Elle voulait mourir, retrouver mélodie et, enfin, ne plus souffrir.
Son voeux a bien failli être exaucée.
le sol était rouge, la terre buvait le sang répandu. La tenue bleue noire des pompiers contrastait avec cette mare écarlate. Lorsqu'elle a ouvert les yeux , elle a rencontré l'incomparable regard bleu qu'elle n'avait pu oublier.
Alors les larmes ont de nouveau roulées sur ses joues. Elle qui ne savait plus pleurer.
Une main tenait fermement la sienne.
l'orgueil et la fierté qui ont toujours été les plus gros défauts de ma nièce l'empêchaient de parler. Mais il n'y avait plus rien à dire.
Ma lettre l'avait précédée et avait su toucher celui a qui elle était destinée. Il m'a avoué plus tard l'avoir attendu avec desespoir et prié le ciel, auquel il ne croyait pourtant plus, pour qu'elle lui revienne.
Il avait cru rever lorsqu'il l'avait vu, baignant dans son sang, sous ce pont de pierre duquel elle s'était jetée.
Le miracle tant attendu avait enfin eu lieu puisqu'elle était vivante et qu'il l'aimait toujours.
Les mois ont passé depuis cette nuit de juin. Ils se sont retrouvés, et ont commencé une vie à quatre puisque Mélissindre s'en est allée vivre avec son père et sa belle mère.
Un mariage a bien eu lieu, comme le voulait lady victoria, mais ce n'est sans doute pas celui auquel elle s'attendait. Mathilde a retrouvé le sourire qu'elle avait perdu et à deux, ils s'efforcent de rattraper le temps. Ils se sont installés dans petit chateau que geoffroy possédait dans les environs de lyon mais ils ne restent jamais très longtemps loin de l'ombrière où ma nièce se sent si bien. Tellement bien que nous attendons pour début mars la naissance d'un frère pour bénédicte et raphaelle.
pour toi, mon roi de coeur, dont l'amour a su m'inspirer cette histoire.
A toi à jamais.
Je t'aime
Dédicace spéciale à ma petite louh qui attendait tant la suite de l'histoire!
![[...] les graines avaient été semées au vent et il restait à voir ce qui avait germé.[...]](http://0d.img.v4.skyrock.net/0db/louvedefrance/pics/2578936425_small_1.jpg)

